L’administration entre réforme et méforme - Les Chroniques -
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L’administration entre réforme et méforme
Cela fait longtemps, des années, des décennies, que le Maroc vit avec son administration, essayant d’avancer mais toujours oppressé face à des fonctionnaires empressés de tout freiner. Et cela fait des années que l’on entend cette antienne de la « réforme de l’administration ». Pour cela, on a nommé des ministres, puis on les a dégommés, on a cogité sans véritablement s’agiter, on a voulu des réformes mais on n’a trouvé que la méforme. « Pas possible », « il vous manque tel document », « il faut légaliser ceci, puis certifier conforme cela », « revenez demain, ou un autre jour, ou jamais»… Il n’est pas un Marocain, une Marocaine, qui n’ait pas eu maille à partir avec des fonctionnaires qui ne se départissent jamais de leur calme pour vous envoyer aux calendes grecques. Et puis Saâdeddine Elotmani est arrivé, sans se presser, sans stresser, mais avec la ferme intention de faire quelque chose, ce que lui et l’inclassable ministre de la Réforme de l’Administration Mohamed Benchaâboune ont finalement fait : simplifier les procédures administratives. Alors de quoi s’agit-il ? D’un ensemble de déclarations d’intention qui nécessitent généralement quelques générations pour se mettre en place, tant il est important de changer l’état d’esprit avant de voir évoluer les choses, on peut, on doit retenir quelques éléments importants qui devront modifier l’approche administrative et la perception citoyenne. Deux demandes « historiques » de l’administration passent donc à la trappe : la légalisation, la fameuse et sacro-sainte légalisation, plus connue sous nos cieux sous le vocable « el gilizassioune », et la certification conforme des documents. Dans les deux cas, ces deux exigences de l’administration posent le problème de la confiance : s’assurer que le signataire est bien le signataire d’un document, et garantir que la copie d’un document est bien conforme. Mais il y a le Code pénal pour cela, en cas de faux, de déni de signature, de production d’un document falsifié ou faux… Il y a également une avancée significative dans cette loi 55-19, à savoir les délais de réponse… Dans un pays où l’indolence le dispute à la procrastination souvent aggravée d’insolence, la mesure est importante. Désormais, le fonctionnaire aura entre 30 et 60 jours pour apporter une réponse écrite et/ou justifiée à toute requête d’un citoyen, d’une citoyenne. Bref, en quelques mots comme en cent ou en mille, cette loi est importante. Mais il faudra s’attendre à des résistances, des réticences à cette réforme, du fait de fonctionnaires en sérieuse méforme. Formons des vœux pour que ce ne soit pas longtemps le cas et surtout, avant tout et par-dessus tout, avant d’aller à une administration, munissez-vous de cette loi 55-19, khamsa khamsa ou khamssa ou khmiss 3liha !
By Aziz Boucetta
08 April 2021