Allez, assez jacté ! - Les Chroniques -
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Allez, assez jacté !
Il semble que pour beaucoup d'entre les dirigeants du monde, les jeux soient faits. En tout état de cause, tous, nous témoignons qu'à tout le moins, rien ne va plus, et partout. L'Italie qui décide de recenser les populations Roms pour éventuellement les expulser ? On sait ce que le recensement d'un groupe ethnique non désiré peut signifier, en Europe. Et les Roms, victimes d'un génocide terrible sous Hitler se souviennent plus que tous. Et en parlant d'Europe, celle de Visegrad, qui tourne le dos aux droits des minorités, femmes, homosexuels, étrangers, pour commencer à promouvoir la virilité nationale ? On sait ce que le national-suprématisme peut signifier, dans le berceau des deux guerres mondiales du XXème siècle. Des camps d'étrangers indésirables, qu'on laisse crever aux frontières, des populations sans droits pour des raisons ethniques, comme les Palestiniens ou les Rohingyas, des enfants parqués, séparés de leurs parents, dans des cages dans des pays civilisés, ça ne vous rappelle rien ? Des enfants travaillant, ici, 162 000, dans des conditions dangereuses, des mines illégales qui continuent de s'effondrer régulièrement dans le silence assourdissant des pantoufles, ça ne vous semble pas familier ? Des pays coloniaux dont les intérêts justifient de briser une Société des Nations qui ne remplit plus son rôle, n'est-ce pas vaguement redondant, comme un mauvais déjà-vu ? Oui, à un siècle près, moins quelques décennies, l'histoire se répète. Cependant, pas tout à fait littéralement, non, car c'est à une accélération du fin de cycle que nous assistons. Et dans cette guerre pour la survie dans un système en naufrage, nous ne sommes pas tous à égalité. Les États-Unis, absolus dominants vivent depuis 40 ans sur des billets de Monopoly. Toute leur économie est basée sur du vent et la croyance collective qu'ils sont les plus forts. Même leurs réserves fédérales ne leurs appartiennent pas, mais ont été achetées, en or, en monnaie, de toutes les manières possibles par le Moyen-Orient, la Chine, le Japon, la Russie… Bref, par presque tout le monde, finalement. Et depuis la Première Guerre du Golfe, les révoltes contre l'hégémonie américaine se succèdent et les attaques sur la monnaie se multiplient. Mais il y a un point sur lequel les États-Unis sont indépassables : la guerre, la vraie, la sanglante. Qu'est-ce qui a relancé la machine à l'issu de la décolonisation, après une crise majeure ayant mis à genoux l'ensemble des puissances de l'époque ? La guerre. L'économie de guerre est concrète, réelle, contrairement à la spéculation financière, elle remet à zéro tous les compteurs, ce qui est bien pratique quand sa monnaie n'a pas de valeur et que ça commence à se voir. Et si on est à peu près sûr de gagner, bah… Allez, pourquoi pas un p'tit hyperconflit ? Cela fait au moins 10 ans que tout le monde s'y prépare… En vrai, presque 40 ans, depuis la chute du mur de Berlin, mais bon, je suis naïve et la réalisation a été progressive. Les stratégies varient et on avait pu croire, avec Obama, que nous pouvions gagner du temps sur le chaos en laissant les États-Unis assurer simplement une hégémonie économique, culturelle et technologique, histoire de trouver une alternative, dans l'intervalle. Trump est là pour nous détrumper : c'est vers un hyperconflit que l'on se dirige. Peu importe d'où qu'il vienne, pourvu qu'il soit gros, mais contrôlable, car on veut relancer la machine, pas erradiquer toute vie sur terre. M'enfin, on s'arrangera de pertes conséquentes, il le faudra, foin de ces petits conflits déplacés qu'on a connus jusque-là. C'est d'une guerre mondiale, qu'on parle. Alors, pas d'insultes trop grosses, de comportements trop indécents, d'attitudes outrageuses trop décomplexées, tout le monde a sa dose, du Canada à l'Allemagne, de la Chine à la Russie, en passant par tous les petits, des pays de mouise de l'Afrique aux mexicains violeurs. Et chaque occasion est bonne pour démembrer un accord, déserter une institution béquille fragile de la paix ou humilier symboliquement tout un chacun, sans nuance. Le vice est devenu vertu, toutes les valeurs humaines s'effacent. Au pied du mur, les populations réagissent, elles élisent qui leur vend un discours fier, manifestent et parfois se mutinent quand leurs conditions d'existence se dégradent trop – et cela va s'accélérant, et quant aux classes moyennes, toujours conservatrices, elles dénoncent en boycottant et votent encore plus dur, encore plus fier, encore plus xénophobe. C'est en cela que l'histoire se répète : les prémisses de toutes les horreurs d'hier et de demain sont les mêmes : rationaliser l'empathie, normer le patriotisme, lister, gérer efficacement les populations et rejeter la différence hors de soi. Le résultat n'a pas été beau au XXème siècle, il sera pire au nôtre.
By Melanie Frerichs-Cigli
22 June 2018