La prison a ses raisons que la raison ignore… - Les Chroniques -
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La prison a ses raisons que la raison ignore…
Quand un Marocain, une Marocaine, quitte le pays, on dit qu’il/elle est sorti(e), Khrej… qu’il/elle est parti(e) à l’étranger, al kharij… Cela donne une idée sur la manière de concevoir notre chez nous à nous, un endroit fermé dont on sort, pour aller dehors. Et de fait, c’est un peu vrai… Naguère, il fallait être quelqu’un, ou connaître quelqu’un, pour obtenir un passeport. C’est une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, et c’est tant mieux pour eux. Mais ils en connaissent, une autre, d’époque… celle où il suffit de demander un passeport pour l’obtenir, mais où il ne suffit pas de quémander un visa pour le brandir. Donc, on reste dedans. Revenons donc à la prison. De combien est donc la population carcérale ce pays ? Elle se chiffre à 86.000 personnes, soit plus de 2 individus sur mille, soit environ 230 détenus pour 100.000 habitants ! Quel est le ratio moyen dans les autres pays, vous savez, ceux qu’on aspire à égaler en matière de droits ? Entre 100 et 150. Plus grave encore, plus préoccupant… la proportion de détenus en préventive, c’est-à-dire des gens qui sont supposés être présumés innocents, est pratiquement de la moitié. 36.000 personnes sont embastillées alors qu’elles sont susceptibles d’être innocentes. Et ce qui devait arriva : en 2019, 2.800 individus ayant passé des jours, des semaines et des mois en préventive, ont finalement été relâchés sur non-lieu, soit 7% du total des détenus en préventive. « Écoutez le gars, vous êtes libres, il s’agit d’une affreuse méprise », leur dit-on après les avoir soigneusement méprisés. Alors le législateur a pensé à nous concocter un Code pénal high-tech, un machin qui ne prévoit plus la prison que pour les cas graves. À la place, des peines alternatives, les appelle-t-on… travaux d’intérêt général, bracelet électronique, sursis, peines minimales pour l’incarcération, pointages aux commissariats… sauf que ce Code pénal, depuis le temps de Mostafa Ramid, est toujours en déshérence dans un tiroir quelconque… Et cela continue… Selon que vous serez puissant ou misérable, disait Lafontaine en son temps, un temps qui colle parfois un peu à nos réalités. Oh certes, il y a ce qu’on appelle l’autorité de la chose jugée, et il y a aussi la sanctuarisation du juge, faite de respect, mais pour autant, on peut critiquer le pouvoir judiciaire dans son ensemble, qui continue de penser que la détention est la panacée. Et bien non, dans d’autres pays, voisins, on n’embastille pas si on est condamné à moins de deux ans. On pourrait penser à la même chose, et des milliers de prisonniers se retrouveront à l’air libre. Et pour celles et ceux qui encourent des peines légères, il serait judicieux de programmer leur jugement dans les plus brefs délais. Pas beaucoup de juges, diront les tenants de la ligne pure et dure de lhabss… Que la justice se débrouille, qu’elle trouve les moyens financiers, qu’elle trouve ce qu’elle veut, il s’agit de nos libertés et de notre perception de justice. La police, aujourd’hui, fait son job plus que convenablement, il appartient au pouvoir judiciaire de lui emboîter le pas.
By Aziz Boucetta
15 April 2021