Le destin, cette volonté bienveillante - Les Chroniques -
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Le destin, cette volonté bienveillante
Vu l’enracinement profond du fatalisme religieux dans la psyché collective, il parait fort compliqué, voire même aventureux de distinguer sans heurter la sensibilité de certains, entre une volonté omnipotente de Dieu et le destin comme libre choix de chacun. Les deux semblent pour beaucoup revêtir le caractère de synonymes. « Le destin est ce que Dieu a voulu et nul ne saurait y échapper », nous dit-on. Or, commençons dans un premier temps par distinguer entre deux volontés divines de nature fort différente. La première est la « volonté créatrice » et contraignante, celle que le Coran qualifie de « al mashia ». Elle est ce qui créa les mondes, ce qui ordonne leurs lois, et ce qui fonde leur existence. Nous pouvons ainsi la qualifier de volonté ontologique, celle qui fait que le monde est. Celle-là, effectivement nul ne saurait y échapper. Cependant il en est une deuxième que l’on pourrait qualifier de « volonté bienveillante » et incitative, que le Coran qualifie de « al Irada » et à laquelle on peut dire autant oui que non. Un non, dont il faudra accepter le prix, ici-bas. Elle est l’expression de la souveraine liberté accordée par Dieu à l’Homme. Elle est le fondement du libre arbitre. Ainsi, de même que Dieu ne joue pas aux dès, il n’est pas non plus un marionnettiste. L’homme n’est dont pas projeté dans une liberté radicale comme il le serait dans un abime sans fond. Il n’est pas de ce point de vue non plus l’objet d’un scénario écrit pour lui de toute éternité. Le destin n’est par conséquent pas une fatalité, mais une main tendue par Dieu à celui qui voudrait bien la prendre. C’est un appel divin empli d’amour qui vous inscrit dans le plan de Dieu, celui de l’amour du prochain, du dépassement de la mort, et du sentier de la vie, de la vraie. Cet appel, prend des formes singulières pour chacun. Souvent il se manifeste par des signes variés, des intuitions profondes, voire des rêves ou encore des rencontres hasardeuses et salvatrices, qui viennent nous rappeler que nous pouvons être autre chose que ce que nous sommes. Car beaucoup de gens passent à coté de leur vie. Beaucoup de gens perdent leur vie en tentant de la gagner. Or, s’il y a une certitude quant aux questions qui nous seront posées dans l’au-delà, c’est qu’elles ne risquent pas de vous interroger sur le nombre de vos prières ou vos jours de jeûne ou encore à quelle communauté religieuse apparteniez-vous de votre vivant. Les deux questions auxquelles on devra être prêt à répondre seront : Qu’as-tu fais de ta vie ? Qu’as-tu fais pour ton prochain ? Voilà donc les deux fondements d’une morale divine, qu’aucun rite ni aucune liturgie ne saurait remplacer. Tâchons donc de vivre chaque instant de notre vie, de manière à pouvoir être capable de répondre sans honte ni culpabilité à ce sur quoi nous serons questionnés le jour de vérité.
By Rachid Achachi
16 April 2021